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Laurent Greusard : Critique de Théâtre au sang d’Eliane Arav

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Lorsque l’on s’appelle Molière et que l’on termine sa carrière en mourant (presque) sur scène, on peut se dire qu’on a bien fini. Mais cette idée a-t-elle traversé la célèbre actrice Tessa Saguine alors qu’elle s’écrasait sur scène, tombant du haut des cintres, juste avant une représentation d’une pièce de Beckett ? Pas sûr se dit le commandant Didaille car tout porte à croire que la dame était déjà morte lorsqu’elle a été placée en équilibre sur les hauteurs dominant la scène du théâtre. Outre, bien entendu, les conditions mystérieuses de cette mort, la police se trouve confrontée à plusieurs questions. Parmi les premières, il importe de découvrir qui se cache derrière le nom de Tessa Saguine. Car l’actrice a utilisé un pseudonyme mais a surtout toujours dissimulé sa véritable identité et ne dispose ni de papiers, ni même de carte vitale. Comment a-t-elle pu, dans ces conditions, se procurer tous les médicaments qui encombrent son appartement ?
La solution de l’intrigue sera dévoilée in fine, et celle-ci risque de hérisser les cheveux de quelques puristes du roman policier. Les lecteurs avertis de l’œuvre d’Éliane Arav savent qu’elle pratique le genre avec effraction. Son intrigue est le décor pour présenter un monde particulier : celui des théâtres, de ses faux semblants, de ses gloires et de ses “vedettes” pénibles, de ses luttes et petites influences (toutes les scènes pour chercher puis promouvoir la pièce qui remplacera celle que jouait Saguine et les attendus financiers qui l’entourent, les moments où l’on doit accepter une pièce légère jouée par de vieux cabots mais qui risque de remplir les caisses du théâtre sont d’une ironie cinglante). Pour s’évader du classicisme et introduire une pointe à la fois d’humour et de saugrenu, l’auteure nous propose même une action parallèle : le fantôme du premier propriétaire du théâtre profite des remous de cette mort pour revenir hanter quelques temps les locaux. Visible ou “senti” par le policier, il permet aussi de rappeler les grandes heures du théâtre du XIXe, des cocottes et des frous-frous, ajoutant s’il était besoin une pincée supplémentaire de douce folie dans le roman.
Théatre au sang propose donc une enquête classique, fondée sur une connaissance et une représentation du monde théâtral, sur les acteurs et les petits métiers qui l’entourent, au sein d’une intrigue qui sans être d’une complexité folle, tient la rampe. Le personnage central de la morte, un peu folle, elle, exaltée et exubérante, a réussi à contaminer l’intrigue où elle meurt en lui transmettant de cette folie douce qui donne une tonalité particulière et agréable. Voilà donc un roman intelligent.

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